Le mesmérisme, cette pratique mystérieuse née au cœur du XVIIIe siècle, intrigue encore aujourd’hui par son origine et sa place dans l’histoire de l’hypnose. Alors que le monde scientifique de l’époque était en pleine mutation, oscillant entre rationalisme des Lumières et émergence du romantisme, Franz Anton Mesmer est placé au centre d’un carrefour où se mêlent fluides invisibles, transes hypnotiques et théories pré-hypnotiques. Le magnétisme animal, concept central de son enseignement, affirmait que l’homme pouvait canaliser un fluide universel capable d’influencer la santé et l’esprit. Cette approche thérapeutique, bien que vivement critiquée et à la limite du mysticisme selon certains contemporains, a posé des bases essentielles pour le développement ultérieur de l’hypnose moderne.
Si le magnétisme animal fut d’abord accueilli comme une révolution scientifique, il devint rapidement objet de controverses, mêlant science, spiritualité et accusations de charlatanisme. Pourtant, le mesmérisme ne s’éteignit pas avec le rejet universitaire, alimentant diverses pratiques thérapeutiques et suscitant un intense débat entre ses partisans et ses détracteurs. Sa transmission à travers des figures telles que le marquis de Puységur ou encore les mouvements spirituels et psychofluidistes, dévoile une histoire riche, complexe, où s’entrelacent croyances, découvertes et aspirations à une science de l’invisible.
En explorant en profondeur cette époque charnière, cet article révèle comment le mesmérisme incarne non seulement un moment-clé dans l’histoire de l’hypnose ancienne, mais aussi une vision originale du rapport entre le corps, l’esprit et l’univers, à une époque où les sciences et les pratiques médico-thérapeutiques cherchaient encore leur identité.
En bref :
- Le mesmérisme est l’origine du magnétisme animal, une théorie développée par Franz Anton Mesmer au XVIIIe siècle.
- Il repose sur l’existence de fluides invisibles que l’on manipule pour induire des transes thérapeutiques.
- Ces pratiques sont à la croisée des théories pré-hypnotiques et ont influencé l’évolution de l’hypnose ancienne et de la psychologie.
- Malgré le scepticisme et les polémiques scientifiques, le mesmérisme a constitué un véritable phénomène social et culturel.
- Les travaux et expériences de Mesmer et ses disciples ont ouvert la voie à la reconnaissance progressive de l’état hypnotique dans la science et la médecine.
Origines historiques et conceptuelles du mesmérisme : du magnétisme animal aux premières théories du XVIIIe siècle
Le mesmérisme, aussi appelé magnétisme animal, naît dans le contexte scientifique et philosophique du XVIIIe siècle, une époque où la conception de la médecine et du corps humain était en pleine redéfinition. Franz Anton Mesmer, médecin badois, est la figure fondatrice de cette nouvelle approche. En 1773, il formule pour la première fois l’expression « magnétisme animal » pour désigner un fluide magnétique universel indétectable, censé circuler tant dans la nature que dans le corps humain. Ce fluide, invisible mais agissant, selon Mesmer, pouvait être manipulé afin d’équilibrer les forces naturelles et ainsi guérir divers maux.
Cette hypothèse s’inscrivait à la croisée de plusieurs influences, notamment celles des médecins et alchimistes du XVIIe siècle comme Paracelse, qui avait déjà conceptualisé une harmonie entre le microcosme humain et le macrocosme universel. Paracelse considérait que l’âme possédait une puissance capable d’agir à distance sur le corps. Sur cette même ligne, le magnétisme animal de Mesmer se voulait une explication rationnelle de phénomènes jusque-là attribués au surnaturel, à la magie ou à la foi, en proposant un fluide matériel mais subtil.
Concrètement, Mesmer proposait des techniques spécifiques pour canaliser ce fluide magnétique. Il utilisait des « passes » magnétiques manuelles, souvent accompagnées d’objets métalliques ou d’éléments rituels, comme le fameux baquet rempli d’eau, de limaille de fer et bottes alignées formant un circuit amplificateur du fluide. Ces dispositifs, bien qu’empreints d’une dimension presque théâtrale, produisaient chez les patients des réactions variées, de la simple détente aux crises dites « magnétiques », qui pouvaient inclure convulsions, pleurs ou rires hystériques.
Pourtant, dès les débuts, le mesmérisme a suscité une opposition sévère de la part des autorités médicales françaises. En 1784, sous le règne de Louis XVI, une commission scientifique prestigieuse composée entre autres de Benjamin Franklin, Antoine Lavoisier et Jean Sylvain Bailly est chargée d’évaluer la validité des pratiques de Mesmer. Leur rapport dénonce l’effet principal du magnétisme animal comme une manifestation de l’imagination, soulignant que l’imagination seule peut provoquer ces états et non le fluide magnétique promis. Ce rejet initial n’empêchera pas cependant le développement d’un véritable mouvement social autour du mesmérisme, touchant plusieurs cercles de l’aristocratie et de l’intelligentsia européenne.
Le tableau suivant résume les points clés de la théorie originale de Mesmer comparés aux critiques principales reçues :
| Théorie de Mesmer | Critiques et objections |
|---|---|
| Existence d’un fluide magnétique universel invisible | Absence de preuves tangibles, effets attribués à l’imagination |
| Technniques de passes magnétiques pour restaurer l’équilibre corporel | Effet placebo et suggestion mentale considérés comme facteurs explicatifs |
| Les crises magnétiques sont thérapeutiques et signes de libération du fluide | Observations médicales dénoncent ces crises comme dangereuses voire nuisibles |
| Le magnétiseur agit en canalisant une force naturelle universelle | On conteste tout pouvoir effectif de l’opérateur au-delà de la volonté du patient |
Ce rejet par les établissements médicaux officiels ne freinera pas la propagation du mesmérisme, qui trouvera dans la société civile un écho plus favorable, donnant naissance à des courants variés qui réinterpréteront la nature du fluide et des transes associées.

Les différentes écoles et courants à l’origine des pratiques thérapeutiques inspirées du mesmérisme
Après le départ de Mesmer de Paris, plusieurs courants distincts émergent, reflétant des interprétations divergentes du magnétisme animal. On distingue principalement trois tendances : les mesmériens stricts, les psychofluidistes et les spiritualistes.
Les mesmériens et leur vision matérialiste
Les mesmériens insistent sur l’existence d’un fluide physique tangible, proche d’une énergie vitale, qu’il serait possible de canaliser et transmettre. Leur discours reste ancré dans une approche matérialiste, rejetant toute dimension mystique ou spirituelle. Ces praticiens emploient souvent le terme d’« électricité vitale », reflétant leur adaptation de la théorie aux avancées scientifiques liées à l’électricité. Désiré Pététin, médecin de son état, fut un représentant notable de cette école au XIXe siècle.
Les psychofluidistes : le rôle central de la volonté et de la psychologie
Poussant plus loin l’analyse, ce courant considère avant tout la volonté du magnétiseur comme le moteur des phénomènes observés, tout en admettant la présence d’un fluide comme vecteur. Plutôt que l’énergie matérielle elle-même, c’est la puissance mentale et la croyance qui activeraient la guérison. Le marquis de Puységur incarne cette philosophie à travers sa découverte du « sommeil magnétique » ou somnambulisme provoqué, état dans lequel le sujet magnétisé entre dans une transe calme mais lucide, capable de diagnostiquer ou de soigner par suggestions.
Les spiritualistes et leur conception mystique du magnétisme
À l’opposé, le courant spiritualiste associe les effets du magnétisme à des forces invisibles d’origine divine ou surnaturelle. Inspirés par l’illuminisme et certaines factions maçonniques, ces magnétiseurs affirment que la prière, la volonté divine et la communication avec les esprits jouent un rôle clé dans la pratique thérapeutique. Des figures comme Louis-Claude de Saint-Martin développent une doctrine mêlant mysticisme chrétien et magnétisme animal, où la séance de magnétisme devient une expérience quasi-religieuse.
Cette diversité de points de vue entraîne aussi une pluralité de pratiques allant des passes magnétiques rituelles jusqu’aux séances de groupe autour d’un arbre ou d’une source, où la chaîne humaine agit comme un vecteur collectif d’énergie.
- Mesmériens : focus sur le fluide matériel et les effets physiques.
- Psychofluidistes : volonté et mental au cœur du processus thérapeutique.
- Spiritualistes : magnétisme lié à des entités et forces occultes.
- Imaginationnistes (émergents plus tard) : rejet du fluide, insistant sur l’imagination du patient.
Au fil des décennies, ces courants se croisent, s’opposent, et parfois fusionnent, donnant naissance à des traditions thérapeutiques qui prolongeront l’esprit du mesmérisme tout en amorçant l’apparition de l’hypnose moderne.

L’évolution des pratiques du mesmérisme aux prémices de l’hypnose moderne
Les techniques et la compréhension du mesmérisme n’ont cessé d’évoluer sous l’impulsion des expériences et de la remise en cause scientifique. Lorsque James Braid, en 1841, assiste à une démonstration publique de magnétisme animal, il observe certains comportements mais rejette la théorie du fluide magnétique et leurs explications mystiques. Braid privilégie une approche plus rationnelle et psychologique, qu’il désigne par le terme « hypnose » tiré du grec hypnos, signifiant sommeil, bien que l’état hypnotique soit un état de conscience modifié, et non un sommeil véritable.
Cette transition marque une étape majeure entre le mesmérisme et l’hypnose thérapeutique contemporaine. Braid développe des méthodes d’induction plus contrôlées, basées sur la concentration visuelle et la fixation de l’attention plutôt que sur les passes magnétiques. Cette initiation plus scientifique ouvre la voie à une meilleure reconnaissance de pratiques anciennes rejetées ou incomprises. Alors que le mesmérisme repose en grande partie sur un contexte quasi-rituel, les hypnotistes modernes cherchent à formaliser les conditions induisant les transes, et à décrire leurs effets physiologiques et psychologiques avec rigueur.
En France, la différenciation entre mesmérisme et hypnose devient réglementée par les institutions médicales. Le rapport d’enquête de l’Académie de médecine de 1831, présidé par le professeur Husson, reconnaît plusieurs phénomènes observables, mais encore aujourd’hui, le terme « magnétisme animal » est souvent associé à ses excès et à son contexte historique controversé.
La découverte du sommeil magnétique par Puységur (1784) et ses somnambules constitue également un jalon important. Cette forme douce et lucide de transe contraste avec les crises convulsives mesmériennes et suggère que la suggestion mentale et l’imagination jouent un rôle crucial, influence qui perdurera dans l’hypnose clinique. Les applications médicales commencent à se multiplier, notamment dans le soulagement de la douleur et le traitement des troubles psychologiques.
| Caractéristique | Mesmérisme | Hypnose moderne |
|---|---|---|
| Origine | XVIIIe siècle, Franz Anton Mesmer | XIXe siècle, James Braid et successeurs |
| Principe | Fluide magnétique universel et passes manuelles | Concentration mentale et suggestion |
| Observations cliniques | Convulsions, crises thérapeutiques | Transe douce, relaxation et suggestion |
| Rejet/acceptation scientifique | Opposition académique forte | Reconnaissance progressive |
Cette transformation complexe constitue un pont précieux entre des pratiques aux fondements mystiques et la science expérimentale, posant les jalons d’une discipline née de la rencontre entre la physiologie et la psychologie.
Le poids culturel et philosophique du mesmérisme dans l’histoire de l’hypnose et des sciences au XVIIIe siècle
Au-delà de sa dimension thérapeutique, le mesmérisme illustre une époque où la science et la philosophie se télescopent dans le but de comprendre la nature humaine et les forces invisibles qui la gouvernent. Le magnétisme animal est ainsi un concept à la frontière entre la science naissante, la croyance populaire et le mysticisme, reflétant la complexité des savoirs au siècle des Lumières.
Des philosophes comme Hegel et Schopenhauer s’intéressent au phénomène, en le considérant non seulement à travers le prisme médical mais aussi dans une perspective métaphysique. Hegel y voit une expression de la sympathie et de la communion entre âmes, tandis que Schopenhauer fait le lien avec le système ganglionnaire et la volonté universelle, suggérant une interaction subtile entre l’inconscient et le conscient.
Cette époque marque aussi l’émergence d’une réflexion sur la nature de la conscience humaine, qui sera reprise bien plus tard dans les neurosciences et la psychologie expérimentale. Le mesmérisme donna matière à une critique acerbe des autorités médicales par des intellectuels éclairés qui y voyaient une remise en cause de l’orthodoxie scientifique mais aussi politique, par ses liens avec des figures révolutionnaires telles que le marquis de La Fayette.
Dans la sphère culturelle, le mesmérisme influence la littérature et les arts. Honoré de Balzac, Edgar Allan Poe, Alexandre Dumas et Victor Hugo intègrent ses références dans leurs œuvres, témoignant du pouvoir d’attraction que le magnétisme animal exerçait sur l’imaginaire collectif. L’opéra de Mozart Così fan tutte, par exemple, évoque ce phénomène avec un mélange d’ironie et de fascination.
En somme, le mesmérisme est bien plus qu’une ancienne pratique thérapeutique ; il constitue un miroir des tensions et aspirations intellectuelles qui traversaient la science du XVIIIe siècle, entre rationalisme et quête d’absolu, et il reste une source d’inspiration pour nombre de réflexions sur la conscience et la nature humaine.
Les répercussions du mesmérisme dans le monde contemporain et les pratiques énergétiques actuelles
Si la communauté scientifique a largement tourné le dos au mesmérisme classique, ses concepts fondamentaux sur les énergies invisibles et les états modifiés de conscience continuent d’influencer certaines pratiques thérapeutiques et spirituelles aujourd’hui. Dans un univers où le bien-être et la santé intégrative gagnent en popularité, les lignes entre médecine conventionnelle et approches alternatives deviennent plus poreuses.
Des pratiques nommées « magnétisme » ou techniques énergétiques modernes reprennent à leur compte l’idée d’un fluide énergétique, sous de nouvelles appellations empruntées aux médecines traditionnelles asiatiques comme le prana ou le qi. Ces pratiques cherchent à favoriser l’équilibre énergétique individuel, à débloquer des tensions, et parfois à induire des états de relaxation profonds proches des transes mesmériques.
Concrètement, le mesmérisme peut être vu comme un ancêtre du toucher thérapeutique, du reiki ou encore des techniques de relaxation basées sur la conscience du souffle et de l’énergie corporelle. Ces approches, bien que non reconnues scientifiquement comme curatives, apportent un soutien complémentaire en gestion du stress, amélioration du sommeil ou accompagnement psycho-émotionnel.
- Pratiques énergétiques actuelles (reiki, magnétisme, qi gong).
- Utilisation des états modifiés de conscience en thérapies complémentaires.
- Fusion entre savoirs traditionnels et innovations thérapeutiques.
- Importance de la relation entre praticien et patient dans la guérison perçue.
Dans ce contexte, le mesmérisme se révèle être une source historique essentielle pour comprendre le développement de la pensée sur l’énergie vitale et les mécanismes d’influence psychophysiologique, notamment dans un monde où la santé se perçoit de plus en plus comme un équilibre global entre corps et esprit.

Qu’est-ce que le mesmérisme ?
Le mesmérisme est une pratique née au XVIIIe siècle, développée par Franz Anton Mesmer, qui postule l’existence d’un fluide magnétique universel utilisé pour induire des états de transe thérapeutiques.
Quelle est la différence entre le mesmérisme et l’hypnose ?
Le mesmérisme implique un fluide magnétique invisible et des passes magnétiques, tandis que l’hypnose moderne repose sur la concentration mentale et la suggestion. Le passage a été initié par James Braid au XIXe siècle.
Pourquoi le mesmérisme a-t-il été critiqué ?
Le mesmérisme a été critiqué principalement pour le manque de preuves tangibles de l’existence du fluide magnétique et pour les effets attribués à l’imagination et à la suggestion plutôt qu’à un agent matériel.
Le mesmérisme a-t-il des liens avec des pratiques modernes ?
Oui, certains concepts du mesmérisme ont influencé des techniques énergétiques actuelles comme le reiki ou le toucher thérapeutique, qui travaillent sur l’équilibre énergétique et les états modifiés de conscience.
Quels sont les courants principaux du mesmérisme ?
Les trois principaux courants sont les mesmériens matérialistes, les psychofluidistes qui insistent sur la volonté, et les spiritualistes qui associent le magnétisme à des forces occultes ou divines.